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L'ortie au jardin

Injustement qualifiée de « mauvaise herbe » par les non initiés, vue comme une plante que l’on doit arracher et traquer l’ortie se veut pourtant l’amie du jardinier et mérite sa place dans le jardin.

  • Un stimulateur de croissance


Elle favorise la croissance des petits végétaux, en particulier de ceux qui sont fragiles. Elle stimule la floraison de la plupart des plantes aromatiques, augmente la teneur de certaines plantes en huile essentielle (jusqu’à 80% pour l’angélique) et renforce la vitalité de nombreux fruitiers (notamment les framboisiers, les groseilliers et les fraisiers) et augmente leur rendement (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Goulfier 2010; Moro Buronzo 2011; Tissier 2011).

Des feuilles d’orties placées dans les trous des futures plantations et laissées pendant deux jours avant de planter permettent de donner de la vigueur aux futures plantes notamment les Solanaceae. Ce procédé appliqué aux plans de tomates et de pommes de terre permet de les protéger du mildiou et des études récentes ont démontré une augmentation de rendement de près de 20 % (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Moro Buronzo 2011; Tissier 2011)


  • Une auxiliaire écologique


L’ortie peut être considérée comme un véritable agent écologique pour l’environnement : elle recycle et assainit. Faisant partie des rares plantes pouvant pousser dans les milieux saturés en azote et en fer, elle absorbe l’excès de ces minéraux et le restitue lors de sa décomposition en une forme assimilable pour les autres végétaux. Ainsi le fer minéral des vieilles ferrailles laissées à l’abandon est recyclé (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Tissier 2011). Elle évite aux nitrates d’êtres lessivés en transformant l’azote organique des déchets animaux et végétaux, ce qui est peut être une solution pour les problèmes de pollution des sols en Bretagne causés par l’élevage intensif de porcs. En effet B. Bertrand affirme que « l’ortie incorporée dans les fosses à lisier de porcs atténue rapidement les odeurs de celui-ci. Elle accélère son compostage. Une brouette d’orties fraîches hachées par semaine suffit à traiter une fosse de 1000 litres. Quand on connaît les problèmes liés à ces lisiers et leur épandage, on se demande pourquoi l’utilisation de l’ortie, dans ce cas, n’est pas rendue obligatoire. Simple, économique et peu contraignante pour l’agriculteur ; efficace pour le voisinage et l’environnement (Bertrand 2010; Tissier 2011). De plus son système racinaire composé de racines rampantes et ramifiées permet d’améliorer la structure de la terre (Tissier 2011).


  • Un « engrais vert »


L’ortie quand elle est coupée jeune et enfouie à faible profondeur permet d’améliorer la structure des sols pauvres et secs. Dans l’idéal pour combler au mieux les carences de ce sol il est préférable de prendre des orties venant d’un lieu éloigné plutôt que de prendre celles présentes sur le site (Tissier 2011).


  • L’ortie dans le compost


Le compostage est un processus biologique de dégradation des déchets organiques à l’air. Cela donne un produit stabilisé, hygiénique, semblable à du terreau que l’on appelle compost qui sera ensuite utilisé comme engrais. L’ortie peut également être incorporée dans le compost pour activer la transformation des déchets organiques en humus et ainsi obtenir un compost de meilleure qualité (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Moro Buronzo 2011; Tissier 2011; Delvaille 2013).


  • Un agent de lutte contre les ravageurs


Comme il l’a été cité précédemment la coccinelle est un hôte de l’ortie. Cette dernière va venir pondre sur ses feuilles en avril période à laquelle les plantes cultivées se font rares. Les larves ainsi formées trouveront sur l’ortie tous les nuisibles qui composent leur régime alimentaire. Les coccinelles de la génération suivante migreront ensuite sur les plantes cultivées arrivées à maturité qui pourraient à leur tour être envahies par des nuisibles (Bertrand 2010; Tissier 2011).


  • Le purin d’ortie


Cette préparation souvent transmise oralement est connue de longue date par les agriculteurs et les jardiniers soucieux de l’environnement. On l’obtient par fermentation de la plante dans de l’eau. Tout d’abord il faut savoir que le terme « purin » due à l’odeur putride qui s’en dégage n’est pas approprié dans le cas de l’ortie. Le vrai purin se définit comme un déchet liquide produit par les élevages d’animaux domestiques. Le terme exact pour l’ortie est « extrait végétal fermenté ». Le purin d’ortie ne doit pas être considéré comme un engrais malgré sa richesse en azote puisqu’il ne nourrit pas. Dans le même sens ce n’est ni un insecticide ni un fongicide puisqu’il ne détruit pas. Cet extrait végétal est en fait un éliciteur et un phytostimulant, il agit comme un répulsif pour les nuisibles et sert à prévenir les maladies. Un éliciteur est une molécule produite par un agent phytopathogène qui va déclencher des mécanismes de défense chez la plante. C’est un stimulateur des défenses naturelles de la plante (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Goulfier 2010; Moro Buronzo 2011; Tissier 2011; Delvaille 2013).


  • Propriétés du purin d’ortie


Ce n’est qu’en 1981 que des chercheurs ce sont penchés pour la première fois sur le purin d’ortie. En effet le suédois Rolf Peterson a comparé pendant 2 mois l’action d’une solution minérale chimique à celle de l’extrait d’ortie sur des plants de radis, d’orge, de tomate et de blé cultivés en serre. Le résultat est sans équivoque : la méthode naturelle a produit une quantité plus importante de matière végétale fraîche, mais aussi de matière sèche, et le système racinaire des plantes ainsi traitées était plus développé (Bertrand 2010; Tissier 2011).


Voici une liste de ses propriétés :


  1. Répulsif et non insecticide : il permet de lutter contre les pucerons verts et noirs, les acariens, les altises, les araignées rouges et les limaces. Il ne tue pas mais empêche la ponte des ravageurs. Il va gêner leur croissance ou au contraire favoriser l’apparition de formes ailées qui migreront loin de la plante traitée. -

  2. Protection contre les champignons : cette action serait due à une substance de la famille des phytolectines que l’on trouve dans la racine de l’ortie en quantité très importante (de 0.5 à 3%). Cette substance agit en inhibant la croissance des champignons responsables de maladies cryptogamiques telles que la cloque du pêcher, la rouille grillagée du poirier, l’oïdium du pommier, la pourriture grise du fraisier, le mildiou ou encore la fonte des semis.

  3. Biostimulant : le purin d’ortie va favoriser le développement des plantes et leur permet également de résister aux rigueurs de l’hiver. Il permet de lutter contre les signes de la chlorose en redonnant un feuillage d’un vert plus brillant et également de lutter contre les carences minérales. Sa richesse en phénols favorise le processus de mélanisation dont les plantes se servent suite à la grêle pour constituer une « barrière » autour des points d’impact. Les arbres fruitiers traités par le purin d’ortie sont plus résistants et produisent également plus de fruits (Bertrand 2010; Goulfier 2010; Tissier 2011).


Le purin d’ortie doit toujours être dilué (de 3 à 20 % selon les utilisations) car s’il est utilisé pur il a un effet désherbant (Moutsie 2002; Goulfier 2010; Tissier 2011).

La pulvérisation est préférable à l’arrosage, en effet les gouttelettes plus fines obtenues par pulvérisation pénètrent mieux les tissus végétaux et le sol. Elle doit se faire lorsque les végétaux vont subir des périodes de « stress » : semis, repiquages, transplantations, greffes, tailles, en prévision d’une période de froid ou de canicule. La pulvérisation ne doit pas se faire sur une plante qui a « soif », il est préférable de le faire après une averse ou encore le matin ou le soir quand il fait plus humide. Il convient également de ne pas traiter avant un orage ou fortes pluies qui risqueraient de lessiver le produit (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Goulfier 2010; Tissier 2011).

Chez les Solanaceae on évitera de pulvériser sur le feuillage, un arrosage au pied étant préférable.

En automne on utilisera le purin d’ortie pour préparer les plantes et le sol en le pulvérisant sur ce dernier. Vers la fin de l’hiver aux environs de février on peut l’utiliser dilué à 20 % pour traiter le terrain. A cette dilution il agira comme biostimulant en favorisant la remontée de la sève et en réveillant les micro-organismes du sol. Cette même dilution sera utilisée au printemps pour favoriser la croissance et le développement des plantes (Tissier 2011).

Il doit être pulvérisé lorsque les fruits et les légumes commencent à apparaître, et au contraire on doit éviter de traiter les arbres fruitiers et le potager avant les récoltes (Goulfier 2010).

  • Préparation du purin d’ortie (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Goulfier 2010; Tissier 2011; Delvaille 2013)


On récolte les orties au mois de mai, au plus tard en juin avant qu’elles ne fleurissent et pour éviter les mauvaises graines dans le mélange. Elles peuvent être préalablement hachées ou incorporées entières. Les racines de la plante peuvent également être incorporées afin d’améliorer la préparation. La proportion est d’à peu près un kilogramme de plante pour 10 litres d’eau. Pour une préparation de 10 litres il convient de prendre un récipient surdimensionné de 15 litres. On évitera les tonneaux en bois riches en tanin et imprégnés d’alcool. Les récipients en fer sont à proscrire, car ils s’oxydent très rapidement, le fer ainsi libéré s’ajoutant alors à celui d’origine végétale et pouvant entraîner une pollution. Il est préférable d’utiliser une cuve en plastique ou en inox. La cuve sera recouverte d’un couvercle perméable. Il convient également d’éviter les chocs thermiques lors de la préparation ; en effet les températures inférieures à 8° C ou supérieures à 32° C favorisent le développement des bactéries pathogènes.

L’eau utilisée doit être non chlorée, légèrement acide (pH idéal de 6.5), à température douce (de 12 à 25° C) et surtout ne pas être trop dure. En effet le calcaire risque de boucher les stomates des feuilles empêchant ainsi leur stimulation pendant l’opération. L’eau de pluie est donc l’idéale pour la préparation. Si l’on ne dispose pas d’eau de pluie on peut utiliser de l’eau du robinet en l’entreposant pendant 2 à 4 jours et en la brassant de temps en temps. Dans le cas où l’eau est alcaline ou contient du calcaire on peut y ajouter du vinaigre pour diminuer le pH. On verse donc les 10 litres d’eau sur les orties que l’on aura préalablement placées sans les tasser. La fermentation peut durer de 4-5 jours à 3 semaines en prenant bien soin de brasser tous les jours la macération durant au moins dix minutes. Elle se traduit par une destruction des cellules de la plante libérant ainsi leur suc, ce qui va entraîner au bout de quelques jours une prolifération des enzymes, bactéries et champignons microscopiques. Le début de la fermentation est signalé par l’apparition d’une remontée de petites bulles lors du brassage. Lorsque cette effervescence n’apparaît plus c’est que la fermentation est terminée et que l’on peut filtrer la préparation. L’étape de filtration est importante car si l’extrait végétal contient toujours des débris cela peut entraîner une putréfaction (responsable de l’odeur nauséabonde bien connue) qui va diminuer les qualités de l’extrait.


Comparaison des temps de fermentation en fonction de la température ambiante (Bertrand 2010).

L’extrait ainsi obtenu sera stocké dans des bidons à l’abri de la lumière et à température douce (environ 12° C). Le purin d’ortie stocké de cette façon peut se conserver au moins un an.


  • Composition du purin d’ortie (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Tissier 2011; Delvaille 2013)

Comme il a été dit précédemment le purin d’ortie est riche en azote. Il est également riche en fer, en magnésium et en souffre. Mais il contient peu de phosphates.


Teneur de l’extrait d’ortie en minéraux (en ppm = partie par million) d’après R. Peterson (Bertrand 2010).

  • Récolte / cueillette


Si l’on récolte des orties en pleine nature il y a des lieux qu’il faut éviter. Comme elle fixe les métaux lourds, les pesticides et les nitrates il conviendra d’éviter le bord des routes ou chemins forestiers, les décharges ou encore les terrains récemment traités (Moutsie 2002; Bertrand 2010; Goulfier 2010; Tissier 2011; Delvaille 2013).


Pour les feuilles, la récolte se fera lorsqu’elles sont encore jeunes et tendres, avant que la plante ne fleurisse, « avant l’arrivée des hirondelles » comme le recommandaient les romains, c'est-à-dire au printemps vers mars-avril. Cela permet ainsi de récolter des feuilles plus concentrées en principes actifs (Bertrand 2010; Tissier 2011).


J'ai sélectionné cet extrait de thèse sur l'ortie car il nous donne des informations utiles quant à l'utilité de cet plante dans notre jardin au naturel. Une plante peu appréciée dans l'industrie de l'orientation agricole puisqu'elle est naturelle (non stable) et non créée par ces derniers, que l'on peut lire dans - La "guerre de l' ortie" , toujours de la même thèse, Couverture; photo Pixabay sur site Pixels

Extrait de thèse de julien Delahaie


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